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La chute de Númenor

 
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Hardalin
Sénéchal

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Joined: 07 Mar 2008
Posts: 53
Localisation: Bordeaux
Masculin

PostPosted: Tue 25 Nov - 21:32    Post subject: La chute de Númenor Reply with quote

Les Eldar racontent que les Hommes vinrent au monde au temps de l'Ombre de Morgoth et qu'ils tombèrent sous sa coupe, mais il y en eut pour se détourner du mal. Ils furent nommés les Edain, devinrent amis et alliés des Eldar et accomplirent des exploits dans la guerre contre l’Ennemi. C'est d'eux que descendit Eärendil qui alla à Valinor plaider la cause des Deux Races afin que les Valar aient pitié d'eux et leur envoient du secours car ils étaient réduits au désespoir. Alors les Seigneurs de l'Ouest sortirent de Valinor. Dans la Grande Bataille, des humains, seuls les Edain ont combattu pour les Valar alors que beaucoup d'autres se battaient pour Morgoth. Après la victoire des Seigneurs de l'Ouest, les méchants Humains qui ont survécu s'enfuirent à nouveau vers l'Est et vécurent parmi ceux qui étaient restés à errer, sans loi en repoussant les invites des Valar comme celles de Morgoth. Alors les Valar se désintéressèrent de ces Humains de la Terre du Milieu. Manwë enferma Morgoth dans le Vide Extérieur, et il ne pouvait revenir sur Terre, en personne et visible, tant que les Seigneurs de l'Ouest seraient sur le trône. Cependant sa volonté restait pour guider ses serviteurs et les pousser à contrecarrer la volonté des Valar et à détruire ceux qui leur obéissaient. Alors les Valar tinrent conseil au sujet des siècles à venir.
Les Pères des Humains des trois Maisons fidèles furent récompensés de leur loyauté. Eonwë les enseigna, leur donna la sagesse, le pouvoir et une existence plus longue qu'aucun mortel avant eux. Ossë fit surgir du fond de la Grande Mer une terre pour qu'ils vivent séparés de la Terre du Milieu comme de Valinor. Alors ils firent voile vers Andor, comme l’appelaient les Valar. Ils l'appelèrent cette nouvelle terre Númenorë. Ce furent les débuts de ce peuple que les Elfes Verts appellent Dúnedain: les Númenoréens, les Rois parmi les Hommes.
Ils restaient mortels bien qu'ils pussent vivre longtemps sans connaître la maladie, ils grandirent en sagesse et en gloire et en toutes choses ressemblèrent plus aux Premiers-Nés qu'au peuple des hommes. Autrefois la plus grande ville, et port de Númenor, se trouvait au milieu de la côte occidentale et s'appelait Andunië. Au milieu des terres, il y avait une haute montagne appelée Meneltarma, le Pilier du Ciel, en haut de laquelle était construit un temple consacré à Eru Ilúvatar. Sur une colline voisine se dressait la cité d’Armenelos, où se trouvait la forteresse et la tour construites par Elros, que les Valar avaient nommé premier Roi des Dúnedain. Elros et son frère Elrond descendaient des Trois Maisons des Edain et aussi en partie des Eldar et des Maiar. Les Valar ne pouvant leur enlever le don de la mort qu'ils devaient à Ilúvatar, leur donna le choix de leur destin. Elrond voulut rester avec les Premiers-Nés et la vie éternelle lui fut octroyée. Quant à Elros, il lui fut accordé plusieurs fois la vie des Humains de la Terre du Milieu, vécut cinq cents ans et régna sur son peuple pendant quatre cent dix ans.
Les Dúnedain vivaient sous la protection des Valar et ils avaient l'amitié des Eldar. Le peuple employait son langage de toujours, mais les rois et les princes parlaient aussi la langue des Elfes qu'ils avaient apprise au temps de leur alliance et, ainsi, ils pouvaient converser avec eux, qu'ils fussent d'Eressëa ou de la Terre du Milieu, Les plus savants d’entre eux apprenant même l'Ancien Langage Eldarin du Royaume Bienheureux. Ainsi, les princes de Númenor portaient des noms Eldarin en plus des leurs, de même que leurs villes. De tous les arts, les Dúnedain préféraient la construction des navires et devinrent des marins comme le monde n'en avait plus connu depuis qu'il était jeune. Les Seigneurs de Valinor leur interdisaient d'aller vers l’Ouest jusqu'à perdre de vue les côtes de Númenor, Manwë voulant ainsi les écarter de la tentation d'aller voir le Royaume Bienheureux, de s'énamourer de l'immortalité des Valar et des Eldar. En ce temps, Valinor était encore du domaine des choses visibles.

Parfois les Premiers-Nés venaient jusqu'à Númenor apporter des offrandes, et un jour, ils leur firent don d'une pousse de Celeborn, l'Arbre Blanc qui poussait au centre d'Eressëa, lui -même un rejet de l'arbre de Túna, l'image de Telperion que Yavanna avait donnée aux Eldar de Valinor. L'arbre grandit dans les jardins du Roi, à Armenelos, et on le nomma Nimloth. À cause de l'Interdit des Valar, les Dúnedain voyageaient toujours vers l'Est. Parfois ils touchaient les plages de la Terre du Milieu et avaient pitié de ce monde abandonné. Ils reprirent pied sur ses rives quand les Humains étaient encore sous l'Ombre de Morgoth. Les Númenoréens vinrent parmi eux leur apprendre beaucoup, leur sort s'améliora et les Humains secouèrent le joug des créatures de Morgoth. Les Númenoréens ne restaient pas longtemps sur la Terre du Milieu et n'y construisaient pas de demeures. Ils naviguaient vers l'Est, mais leur coeur voguait vers l'Ouest. Et cette nostalgie se fit plus grande d'année en année, ils furent pris d'une soif ardente pour cette vie immortelle qu'ils devinaient au loin. Ils désiraient échapper à la mort et se mirent à murmurer contre le destin des Humains et contre l'Interdit qui les empêchait d'aller vers l'Ouest.
    Les Eldar rapportèrent ces paroles aux Valar et Manwë en fut peiné. Il envoya des Messagers aux Dúnedain pour leur parler des formes du monde et de son destin.
- Le Destin du Monde, dirent-ils, seul peut le changer celui qui l'a fait. Vous pourriez parvenir jusqu'au Pays d'Aman que vous n'y gagneriez rien car la fatigue et la vieillesse vous y prendraient encore plus vite.
    Et le Roi dit:
-Eärendil n'est-il pas au Pays d'Aman?
    Et ils répondirent:
-Tu sais qu'il a un destin particulier. Alors que toi et les tiens n'êtes pas des Premiers-Nés, mais des hommes mortels créés par Ilúvatar. Vous voudriez aller à Valinor et rentrer chez vous à votre gré. Cela ne peut pas être. Les Eldar ne peuvent échapper à leur destin et ne peuvent quitter le monde tant qu'il dure, car sa vie est la leur. Vous n'êtes pas liés à ce monde par l'espoir et la lassitude. Alors qui donc devrait envier l'autre?
    Les Númenoréens répondirent à cela:
- Pourquoi ne pas envier les Valar, ou le moindre des immortels? car nous ignorons ce qui nous attend bientôt. Nous aimons la Terre et ne voulons pas la perdre.
     Et les Messagers leur répondirent que les Valar ignorent ce qu'Ilúvatar leur a réservé. Ils savent seulement que leur demeure n'est pas au Pays d'Aman, mais nul ne peut s'opposer à la volonté d'Eru, et les Valar leur demandent de ne pas refuser la charge qui leur est dévolue. L'amour d'Arda fut semé en leurs coeurs par Ilúvatar, et il ne plante pas sans but. Des siècles et des générations d'hommes passeront avant que ce but soit connu, et c'est à eux qu'il sera révélé, non aux Valar.
Ces événements eurent lieu sous le règne de Tar-Ciryatan et de son fils Tar-Atanamir à qui s'étaient adressés les Messagers. Il y avait plus de deux mille ans que le royaume existait. Les conseils des Messagers déplurent au Roi qui décida de les ignorer, suivi par la majorité de son peuple. Atanamir dénia le trône pour son fils Tar-Ancalimon qui devint Roi dans le même esprit que son père et son grand-père. C'est sous son règne que les Númenoréens se divisèrent. D'un côté, les Hommes du Roi que l'orgueil éloigna des Eldar et des Valar. De l'autre, les Elendili, les Amis des Elfes, car s'ils restaient loyaux envers le Roi et la Maison d'Elros, ils souhaitaient conserver l'amitié des Eldar et ne repoussaient pas les conseils des Valar. Ceux-là mêmes choisirent le nom de Fidèles même s’ils s'inquiétaient aussi à l'idée de la mort. Les rois et le peuple n'aimaient plus les Valar, mais continuaient à les craindre et n'osaient pas braver l'Interdit.
       
 Après le règne de Tar-Ancalimon, on négligea d'offrir à Eru les premiers fruits et les Humains se rendirent de moins en moins sur le lieu béni. À cette époque, les Númenoréens établirent des colonies sur les côtes ouest de la Terre du Milieu dont ils désiraient la maîtrise et les richesses. Les navires voguaient vers l'Est et revenaient chargés de trésors, les rois gagnaient en majesté et en puissance, ils festoyaient, se vêtaient d'or et d'argent. Les Amis des Elfes prirent peu de part à tout cela. Ils étaient les seuls à se rendre au pays de Gil-galad, pour aider les Elfes contre Sauron qui était revenu sur la Terre du Milieu, car il s'était de nouveau tourné vers le mal que lui avait enseigné Morgoth. Tandis que les Hommes du Roi allaient vers le Sud.
À l'époque de Tar-Minastir, Sauron avait déjà fortifié le pays de Mordor et construit la tour de Barad-dûr. Sauron haïssait les Númenoréens à cause de leur alliance avec les Elfes et de leur allégeance aux Valar. Quand les Spectres de l'Anneau apparurent, son empire sur les hommes et la terreur qu'il inspirait devinrent immenses et il put attaquer les forts des Númenoréens sur le bord de la mer. L'Ombre qui planait sur Númenor s'épaissit alors. Quand Adûnakhôr monta sur le trône, il abandonna les langages des Elfes et interdit qu'on les emploie devant lui. Les Fidèles avaient le coeur déchiré entre leur loyauté envers la Maison d'Elros et leur respect pour les Puissances. Mais Ar-Gimilzôr fut le plus grand ennemi des Fidèles. Sous son règne, l’arbre Nimloth fut délaissé et dépérit et il interdit complètement l'usage des langages des Elfes, châtiant ceux qui accueillaient les navires d'Eressëa. Sur son ordre, les Elendili, qui habitaient surtout à l'ouest de Númenor, furent menés dans l'Est pour être surveillés. Ces Fidèles habitèrent près du port de Romenna d'où beaucoup partirent pour les rivages du Nord de la Terre du Milieu où ils pouvaient parler avec les Eldar du royaume de Gil-galad. Les rois ne firent pas obstacle à leur départ du moment que les Elendili ne revenaient pas car ils désiraient mettre un terme à toute amitié entre le peuple et les Eldar d'Eressëa qu'ils appelaient les Espions des Valar. ils espéraient que tout ceci serait ignoré des Seigneurs de l'Ouest, mais Manwë savait tout et les Valar se détournèrent des Númenoréens.
        Après ceux de la Maison du Roi, les plus grands Seigneurs étaient ceux d'Andunië, descendants d'Elros. Ils aidèrent les Fidèles tant qu'ils purent à mesure que l'Ombre s'étendait.
        Il y avait une Dame Inzilbêth, soeur d'Eärendur, Seigneur d'Andunië sous le règne d'Ar-Sakalthôr. Gimilzôr la prit pour femme bien qu'elle n'en eut pas envie car elle était une Fidèle. Ils eurent deux fils: l'aîné, Inziladûn, ressemblait de caractère à sa mère, tandis que le cadet Gimilkhâd était du côté de son père, fier et obstiné.
        Quand Inziladûn reçut le sceptre, il prit à nouveau un titre dans la langue des Elfes et s'appela Tar-Palantir. Il apporta la paix aux Fidèles et se rendit les jours consacrés au temple d'Eru. Il soigna Nimloth, prédisant que la dynastie des Rois s'éteindrait quand l'arbre périrait. Mais son remords venait trop tard pour apaiser la colère des Valar et la plus grande part de son peuple n'avait aucun remords pour leur défection. Gimilkhâd prit la tête des Hommes du Roi, mais quand il mourut cela ne rendit pas la paix au royaume car son fils Pharazôn était plus avide de pouvoir que son père. Il partait souvent combattre sur la Terre du Milieu avec les Númenoréens pour étendre leur domination sur les Humains.
Quand il rentra à Númenor à la mort de son père, le peuple était déjà prêt à l'accueillir car il rapportait maintes richesses qu'il distribuait sans compter. Tar-Palantir mourut, ne laissant qu'une fille, qui s'appelait Miriel, à qui le sceptre revenait de droit. Mais Pharazôn la prit pour femme contre sa volonté, commettant là un crime contre les lois de Númenor qui interdisaient le mariage entre parents plus proches que des cousins au second degré. Quand ils furent mariés, il s'empara de la couronne de Númenor, prit le titre d'Ar-Pharazôn et changea le nom de la reine en Ar-Zimraphel. Il avait appris sur la Terre du Milieu l'étendue du royaume de Sauron. Maintenant les chefs de guerre revenus de l'Est lui rapportaient que Sauron menaçait les villes côtières, qu'il avait pris le titre de Roi des Hommes et annonçait qu'il voulait détruire Númenor. Ar-Pharazôn, saisi de colère, décida sans l'avis des Valar de revendiquer pour lui-même le titre de Roi des Hommes et qu’il ferait de Sauron son vassal ou son esclave. Il fit voile vers l'Est à la tête de son armée. Le Roi s'avança sur la Terre du Milieu, installa son trône sur une colline et envoya des hérauts ordonner à Sauron de paraître devant lui et lui jurer fidélité. Et Sauron vint sans offrir la bataille car il avait compris que la puissance du Roi surpassait tout ce qu'on en disait et qu'il ne pouvait pas même se fier à ses meilleurs serviteurs pour s'y opposer. Alors il s'humilia devant Ar-Pharazôn, tint un langage empli de sagesse et de loyauté qui étonna les Humains. Et Ar-Pharazôn s’empara de Sauron et l’amena en Númenor comme otage et celui-ci se réjouissait en secret car tel était son plan. Sauron donc put voir le pays de Númenor et la cité d'Armenelos. Son langage et son esprit étaient tellement rusés, sa volonté si forte, qu'il partagea bientôt les conseils les plus secrets du Roi, car il savait beaucoup de choses qui n'avaient pas encore été révélées aux Humains, et tous de courber l'échine devant lui, sauf Amandil, le Prince d'Andunië. Le pays se mit à changer et la peur fit partir beaucoup de Fidèles. Ceux qui restèrent furent appelés par leurs ennemis les Rebelles.  Sauron était écouté des Humains et il contredisait tout ce que leur avaient enseigné les Valar. Il leur fit croire que dans le monde il y avait encore des mers et des terres ouvertes à leur conquête, que son Maître pourrait créer d'autres mondes pour les donner à ceux qui l'auront servi, et leur puissance grandirait sans fin. Ar-Pharazôn demanda qui est ce Maître et Sauron le lui dit à l'abri des portes verrouillées en ces termes:
- Les Valar vous ont trompés en inventant le nom d'Eru, un fantôme né de leur rouerie pour faire des hommes leurs esclaves. Ce sont eux l'oracle d'Eru, il ne dit que ce qu'ils veulent. Mais le vrai maître l'emportera et vous délivrera de ce spectre: son nom est Melkor, le Libérateur, qui vous rendra plus fort que les Valar.
    Alors Ar-Pharazôn se tourna vers Melkor, et une grande partie de son peuple le suivit. Il restait des Fidèles à Romenna et quelques-uns disséminés dans le pays. Amandil était leur chef. Son fils Elendil avait deux jeunes fils, Isildur et Anárion, tous issus de la lignée d'Elros Tar-Minyatur, mais non de la lignée royale.
    En ce temps, le Meneltarma était déserté car le Roi interdisait d'y monter, sous peine de mort, même aux Fidèles qui adoraient Ilúvatar. Sauron pressa le Roi d'abattre Nimloth, parce que c'était un souvenir des Eldar et de la lumière de Valinor. Au début le Roi refusa, croyant encore que la fortune de la maison était liée à l'Arbre, comme l'avait prédit Tar-Palantir. Quand Amandil apprit les intentions de Sauron, il alla raconter à Elendil et à ses fils l'histoire des Arbres de Valinor, alors Isildur, sans rien dire, sortit la nuit. Déguisé, il pénétra dans les jardins du Roi, à Armenelos, alla jusqu'à l'Arbre qui était gardé sur l'ordre de Sauron, prit un fruit, mais quand il voulut repartir, il fut attaqué par les gardes alertés, se fraya un chemin à coups d'épée et put de justesse revenir à Romenna pour déposer le fruit dans les mains de son père.
Le fruit fut planté, béni par Amandil et une pousse s'éleva. C'était le moment car le Roi, cédant à Sauron, fit abattre Nimloth. Ensuite Sauron fit construire un temple au centre d'Armenelos. Son pouvoir grandissait chaque jour et les hommes venaient au temple faire des sacrifices à Melkor, dans le sang et la cruauté pour qu'il les délivrât de la mort. La Mort pour autant ne quitta pas le pays, au contraire elle vint plus tôt et plus souvent.
    Sauron et ceux qui le servaient parcouraient le pays en dressant les uns contre les autres, de sorte que le peuple murmurait contre le Roi et les princes. Les Númenoréens allaient sur la Terre du Milieu pour chasser les Humains, les réduire en esclavage et ils en sacrifiaient beaucoup sur leurs autels, dans les temples qu'ils avaient bâtis. Ainsi Ar-Pharazôn devint le plus grand tyran que le monde ait connu depuis le règne de Morgoth, bien qu'en vérité ce fût Sauron qui dirigeait tout derrière le trône. Puis les années passant, le Roi sentit l'ombre de la mort se rapprocher et il fut pris de peur et de colère. C'est ce qu'attendait Sauron et il lui dit :
     -Les Valar se sont emparés du pays où la mort n'existe pas. Ils le cachent de peur que le Roi des Hommes ne leur enlève le royaume immortel et ne gouverne le monde à leur place. C'est contre toute justice que ce don de la vie sans fin est refusé à qui il revient de droit: Ar-Pharazôn, le plus puissant des enfants de la Terre.
    Ar-Pharazôn, devenu imbécile et sa vie approchant de son terme, écouta Sauron et réfléchit à la manière de faire la guerre aux Valar. Amandil se rendant compte des intentions du Roi, appela son fils Elendil et lui dit:
- L'époque est sombre et les Fidèles sont rares. Je suis donc tenté de faire comme notre grand-père Eärendil autrefois: aller à l'Ouest m'adresser aux Valar et tenter d’arrêter cette folie.
- Et que penses-tu, mon père, qui puisse arriver à ceux des tiens que tu laisses derrière toi, si tes actes sont connus?
- Ils ne doivent pas l'être, dit Amandil. Je vais préparer mon départ en secret et ferai voile vers l'Est comme les navires qui partent chaque jour du port. Ensuite j'irai à l'Ouest en passant par le sud ou par le nord. Pour toi et les tiens, mon fils, je vous conseille de prendre d'autres navires, d'aller au port de Romenna et de mentir en disant que vous attendez le moment pour me suivre vers l'Est. Cherchez les Fidèles et s'ils veulent partir avec toi, qu'ils te rejoignent en secret. Ne vous mêlez pas à la guerre, observez et préparez-vous à fuir si j’échoue.
   On raconte qu'Amandil partit de nuit avec trois serviteurs, et jamais plus le monde n'en reçut un signe, aucun récit ne raconte le sort ni même ne l'imagine. Une telle ambassade ne pouvait plus sauver les hommes une seconde fois car la trahison de Númenor était impossible à absoudre. Elendil fit tout ce qu'avait ordonné son père, se tint prêt et ne se mêla pas aux entreprises malfaisantes de l'époque, attendant chaque jour un signe qui ne venait pas. Il arriva qu'un soir, un grand nuage vint de l'Ouest sous la forme de multiples aigles, portant la foudre sous leurs ailes. Les hommes prirent peur:
- Prenez garde! criaient-ils. Les Aigles de Manwë arrivent à Númenor.
- Les Seigneurs de l'Ouest attaquent les premiers. Nous porterons le prochain coup.

Le Roi lui-même prononça ces paroles, mais Sauron les inspira. La terre trembla, de la fumée sortit du sommet du Meneltarma, mais Ar-Pharazôn ne fit que hâter ses armements. Les flottes des Númenoréens noircissaient la mer à l'ouest du pays. Sauron se retira dans son Temple et les hommes lui apportèrent des victimes pour qu'elles fussent brûlées. Ar-Pharazôn donna le signal du lever des ancres et les trompettes de Númenor éclipsèrent le tonnerre. Les flottes avancèrent vers l'Ouest et outrepassèrent l'Interdit des Valar. Ar-Pharazôn, dont l'orgueil était devenu le maître, débarqua en Valinor, affirma que ce pays était sien si nul ne s'y opposait par la guerre. Les Númenoréens campèrent autour de Túna d'où les Eldar s'étaient enfuis. Alors Manwë fit appel à Ilúvatar qui déploya sa puissance et changea d'un seul coup la forme du monde: un gouffre s'ouvrit dans la mer entre Númenor et le Pays Immortel et l'océan s'y précipita. Tous les navires y furent engloutis. Le Roi et les guerriers qui avaient mis le pied sur Aman furent enfouis sous la chute des montagnes. Le Pays d'Aman et l'Ile d'Eressëa furent déplacés et mis à jamais hors d'atteinte des Humains. Númenor, qui se trouvait tout près du gouffre, sombra et n'exista plus. Ilúvatar rejeta les Grandes Mers à l'ouest de la Terre du Milieu, à l'est des Terres Désertes, il fit de nouvelles terres et de nouveaux océans, le monde en resta diminué car Valinor et Eressëa furent emportés au royaume des choses cachées.
L’ambassade d’Amandil parvint-elle à Valinor? En tout cas les Valar épargnèrent à Elendil, à ses fils et à son peuple le sort de Númenor. Il y avait neuf navires: quatre pour Elendil, trois pour Isildur et deux pour Anárion. La tempête les chassa loin du crépuscule damné. Des vagues comme des montagnes les jetèrent sur les rives de la Terre du Milieu, où, plus tard, ils fondèrent des royaumes sur la Terre du Milieu. Tous les rivages, toutes les régions côtières du monde occidental furent transformés, car les mers envahirent la terre, des îles furent englouties alors que d'autres émergèrent, des montagnes croulèrent et le cours des fleuves fut étrangement dévié.
Sauron fut terrorisé par la colère des Valar, car c'était beaucoup plus qu'il n'avait espéré, il voulait seulement la mort des Númenoréens et de leur orgueilleux monarque. Sauron, assis sur son trône au centre du Temple, avait ri en entendant les trompettes d'Ar-Pharazôn, il avait ri en écoutant le tonnerre et la tempête, il avait encore ri à ses propres pensées, rêvant de ce qu'il allait faire dans un monde débarrassé des Edains, et, au milieu de son rire, son trône et son temple plongèrent dans l'abîme. Mais Sauron n'était pas fait de chair mortelle, son esprit s'échappa du gouffre, passa sur la mer et regagna la Terre du Milieu et Mordor, sa demeure. Dans ses remparts de Barad-dûr, il prit une nouvelle apparence, celle de la haine et du mal, et rares étaient ceux qui pouvaient soutenir le regard du terrible Sauron.

Après la Submersion de Númenor, les Exilés l'appelèrent Akallabêth l'Engloutie, et beaucoup croyaient que le sommet du Meneltarma n'avait pas sombré, qu'il se dressait à nouveau sur les vagues comme une île solitaire. Quelques-uns du sang d'Eärendil partirent à sa recherche, car même après la catastrophe, les coeurs des Dúnedain ne se détournèrent pas de l'Ouest.
Des marins fouillaient les mers à la recherche de l'Ile de Meneltarma, mais ne la trouvèrent pas. Et ceux qui allèrent plus loin ne firent que le tour de la Terre. Plus tard, grâce aux récits et à la connaissance des étoiles, les rois des hommes virent, qu'en effet, le monde était devenu rond. Pourtant les Eldar pouvaient encore aller sur Avallonë et sur l'Ouest, s'ils le désiraient. Alors des savants Humains dirent qu'il devait exister une Voie Droite pour ceux qui avaient permission de la trouver. Ils enseignèrent que le nouveau monde était courbe, que l'ancienne route de l'Ouest continuait tout droit comme un pont invisible jeté dans l'air qui traversait Ilmen pour atteindre Tol Eressëa et peut-être même Valinor où les Valar contemplaient le déroulement de l'histoire du Monde. Des contes et des rumeurs racontent que des marins perdus en mer auraient trouvé la Voie Droite, grâce au destin ou à quelque faveur des Valar, vu sombrer sous eux la surface du monde et atteint les quais illuminés d'Avallonë ou même les plages aux confins d'Aman où ils auraient pu contempler le Taniquetil avant de mourir.
 
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C'est parce que la vitesse de la lumière est plus rapide que celle du son, que bien des gens paraissent brillants avant de passer pour des c....


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